Trèves-Burel

Je retrouve Oriane Meleta, Yohan Montagny et XXX à côté de l’ancienne Gare de Trêve Burel. Le hameau situé dans une impressionnante faille à la roche noircie par l’exploitation de la houille montre des bâtiments de ferme à l’opulence ternie et d’autres plus industriels. Je crois reconnaître un ancien chevalement de pierre, témoin potentiel d’une exploitation minière de taille modeste. IL justifierait peut-être l’existence passée de l’arrêt du train.

Nous nous suivons en voiture sur un chemin de terre pour nous garer quelques centaines de mètres plus loin. Après m’être équipé d’un casque, d’un gilet orange et de mes chaussures de marche, je descends dans le bois adjacent accompagné de mes guides. Pendant que nous marchons, je leur explique ma démarche de mise en usage de la Renouée du japon suivant les principes de l’agriculture paysanne.

Feuille à beurre

Yohan Montagny est agent de maîtrise à la SNCF. C’est un gars du crû. Il partage son temps entre son travail sur la ligne Lyon Saint-Etienne qu’il connaît comme sa poche et une passion pour le métier de paysan qui transparaît au fil de la discussion. Il l’exerce semble-t-il en amateur chez lui à La Vala en Gier. Il fera plusieurs remarque sur ses bêtes quand nous aborderons les questions d’écopâturage.

Toujours est-il qu’il réagit immédiatement à mon propos : « Tu sais, c’est pas nouveau. Ma (grand?) Mère l’appelle la feuille à beurre. Par ici on la trouve assez souvent en abord des vieux bâtiments de ferme. Mais celle à grande feuille pas la petite. Ils s’en servaient dans le temps pour emballer le beurre… d’où le nom. » Le pragmatisme utilitaire des paysans remet en perspective la finalement longue présence de la Renouée dans la vallée du Gier a fortiori sur le territoire national.

Nous arrivons au talus sur lequel nous trouvons effectivement les trace d’une rénoutraie étendue en cette période hivernale. La plante s’est installée sur les pentes abruptes qui descendent sur les rails.

Une plante problématique pour le gestionnaire

Oriane Méletta travaille à la SNCF comme Spécialiste Maîtrise de la Végétation. Elle a en charge la coordination des agents de maîtrise. Elle veille au contrôle de la végétation des abords de voies de chemins de fer.
Elle énonce les problématiques générales que pose la Renouée, principalement à cause de ses capacités de prolifération (densité, hauteur, domination des autres espèces végétales).

 

La Renouée, comme d’autres végétaux à grand développement, peut gêner la visibilité des conducteurs de train. Elle pose surtout problème pour les agents qui doivent s’assurer de la bonne tenue des talus qui bordent ou soutiennent la voie. Dans le cas précis du talus que nous visitons, les repères géométriques et les capteurs qui permettent de contrôler sa morphologie sont obstrués par la rénoutraie. La renouée empêche la mobilité des agents. par ailleurs, le fait de devoir venir « dégager » cette plante plusieurs fois dans la saison surcharge le plan de travail des équipes de maîtrise et occasionne des coûts induits à l’entreprise. (évaluation ?)

La SNCF se préoccupe également de la biodiversité dans ses domaines. L’effet localisé avéré de Fallopia.x sur les autres végétaux est jugé préoccupant. L’entreprise s’est-elle cependant doté d’indicateurs robustes lui permettant de juger d’une quelconque évolution dans le domaine à cours, moyen ou long terme ?

La perception des riverains et des usagers joue un rôle dans les préoccupations de la SNCF, ce qui se traduit par une adaptation des modalités de contrôle. Oriane Meleta m’explique par exemple que les taches de Renouée sont systématiquement bâchées en coeur urbain (à Lyon, mais pas à Saint-Etienne). La présence de la plante serait-elle plus visible et stigmatisante au cœur des grands centres urbains ?

L’entreprise ferroviaire a aussi a traiter des problèmes de voisinage quand par exemple la renouée qui se trouve sur sa propriété progresse en dehors des limites du cadastre. C’est le cas par exemple d’un agriculteur à Terrenoire dont la parcelle jouxte la voie et qui doit lutter bec et ongles pour faire pousser son maïs.

 

On craint enfin que la plante favorise l’érosion des sols puisqu’elle laisse à nu la terre des ouvrages en dehors de ses périodes de croissance. Yohan Montagny fait part de sa préoccupation sur la disparition du couvert herbacé. occasionné par la prolifération de la renouée. Pour lui cette dernière ne déploierait pas un système racinaire aussi efficace que celui de l’herbe pour maintenir le terrain.

L’herbe semble être un « bon végétal » pour l’agent de maîtrise parce qu’elle a une pousse relativement faible (en hauteur surtout) et qu’elle est facile à couper. Il y aurait donc un couvert végétal idéal et adapté pour le bord des voies ? Un « design végétal » serait alors a produire pour adapter des espèces et un milieu aux conditions d’usage d’un espace technique.

C’est dans ce sens qu’ont été plantés sur le site que nous observons, des arbustes, les bourdaines, par une chercheuse du laboratoire de Florence Piola. Outre leurs propriétés allélopathiques défavorables à la Renouée, cette espèce présente l’intérêt de ne pas pousser « trop haut ». Si elle n’élimine pas Fallopia, cette dernière pousse moins densément en proximité.

J’indique à mes interlocuteurs, que j’identifie un probable conflit d’usage entre l’extraction des rhizomes et les problématiques d’érosion qui semblent pour eux prépondérantes. Yohan Montagny propose dans ce sens de faire ma récolte au pied des bourdaines. Il y aurai dans cette situation un préalable à l’extraction des rhizomes de renouée pour s’assurer d’une résistance des sols à une future érosion.

Cette dernière réflexion met en évidence la nécessité de questionner les protocoles extractifs au plus près des conditions rencontrées. Le « design » de ces protocoles devrait s’appuyer sur des dynamiques de restauration biologique adaptés aux usages des espaces traités.