Arable : pour des urbanités agricoles de la ville en décroissance

Decreasing cities : une opportunité pour un modèle de développement urbain renouvelé par l’agriculture.

Plusieurs villes en décroissance, notamment Detroit, montrent une tendance de développement de l’agriculture urbaine. Cette pratique de subsistance permet à des communautés de se fédérer et joue un rôle central dans la résilience des territoires. Son succès médiatique et social est cependant questionné sur le pan productif. Viabilité des exploitations, rendements,… sont autant de points aujourd’hui faible de ces usages. Ils ont d’un point de vue urbain l’indéniable avantage de fabriquer de la qualité de vie et de susciter l’engagement des usager dans la construction et le maintien de l’espace public.

Notre chaîne de production alimentaire pose aujourd’hui problème. A tel point qu’on enfoncerait une porte ouverte à déclarer que résoudre les dysfonctionements du système de production, c’est apporter une sollution vallable au réchauffement climatique et à l’étiage énergétique qui nous menacent. A la source de ce problème : les villes. La concentrations de population a conduit à une massification de la production. Ce faisant, il s’est produit une séparation du destin de la ville et de son agriculture, tant sur le plan productif que culturel et symbolique.

S’il semble évident de traiter un problème à sa source, peu d’occasions s’offrent à nous pour questionner activement les métabolismes urbains et la fabrique de la ville. Il se trouve que les villes en décroissance notamment par la faible pression immobilière dont elles font l’objet offrent une situation intéressante en ce sens. Elles feraient office d’opportunité pour expérimenter de nouveaux modèles de développement urbains centrés sur les enjeux nourriciers. Avec l’hypothèse que construction urbaines durables et pratiques culturales en symbiose avec le vivant vont de pair.

A cet opportunité s’oppose plusieurs contradiction qui font aujourd’hui office de programme de recherche en design :

RESTITUER / Comment restituer des espaces aux pratiques agricoles ?  Quand on parle de villes en décroissance, on cite des villes qui ont perdu dans les trente dernières années entre un quart et la moitié de leur population.  Le phénomène de vacance peut laisser plusieurs « qualités » de trous qui vont de la dent creuse de quelques mètres carrés à l’openfield de 50 hectares, en passant par la friche industrielle… Cela pose des problèmes de déconstruction de dépollution et de remédiation de ces sols et de ces espaces.

CULTIVER / Quels types de cultures et quels types d’élevages peut on mettre au point dans ce contexte ? Quels en seraient les formes et les usages et comment les concevoir ? Il n’y a pas de restitution possible de ces terres à l’agriculture sans transformation culturelle. Cultiver prend ici un double sens à la fois dans ses résultats et les apprentissages qu’il implique.   

  NOURRIR / Le raccourcissement de la chaîne alimentaire suppose qu’on ait les moyens de transformer une matière première. De la conserver, de la cuisiner,… Il paraît intéressant de questionner l’échelle urbaine ou du moins le système que nous tentons de formaliser à l’échelle de la cuisine. La proximité avec l’agriculture provoque-t-elle des changements d’usages culinaire ?  Y-a-t-il des processus, des espaces, des objets propres à cettes situation ? Quelles formes prendraient-ils ?

Terroir global et urbanités agricoles.

Il existe un appétit fort pour les imaginaires d’une appropriation des usages agricoles par la ville. L’agriculture urbaine participe aujourd’hui de ses aménités, sans pour autant constituer une réelle solution productive. L’urbanisme agricole promeut une prise en compte de ces fonctions sur des échelles plus cohérentes, en faisant des objets prioritaires du design urbain.

« Plus une société est urbaine et plus elle est nécessairement agricole, au moins en termes de besoins nourriciers, et pourtant l’agriculture et la ville restent aujourd’hui largement séparées dans leur pensée et leur développement alors qu’elles sont totalement liées et indissociables. L’agriculture est indéniablement urbaine et la ville agricole, et ces deux projets se doivent d’être assumés comme communs. » (1)

Les villes utilisent des sols, dans leur immédiate proximité ou plus éloignées. L’ensemble de ces terres forment le terroir global d’une ville. Cette unité leur confère à toutes un caractère d’urbanité. La ville n’ a plus de fin. Mais contrairement au long ruban qu’imagine Andréa Branzi (2), elle se comporte d’avantage comme un micorhize ramifié et réticulaire.  Chaque ville n’étant finalement que la partie émergée – le champignon – de l’organisme. Elle recouvre le monde et le monde est sien.

A un urbanisme agricole correspondent des urbanités agricoles dont les formes sont aujourd’hui à re-dessiner, tant dans leurs usages que leurs représentations.

Il s’agit ainsi bien d’avantage d’interroger le caractère urbain, policé, des pratiques agricoles, que leur présence dans la ville dense. En ce sens, « l’agriculture urbaine  » n’a pas de sens réel puisqu’elle l’est de fait. Une agriculture inscrite dans la densité ferait office de tiers-lieu dans un processus d’acculturation entre agriculteurs urbanisés et urbains béotiens -cependant que les vrais enjeux se situent ailleurs : dans les champs, éloignés des regards, où une idéologie policière s’assure les moyens de son exercice.

Drônes, monitoring, transgénèse, pesticides … sont autant d’avatars d’une industrie du contrôle dont les usages agricoles font office de réserve de capacité productive. Le pôle d’innitiative pour une agriculture citoyenne et territoriale (Inpact) revendique « une souveraineté technologique des paysans » (3), tout au moins leur implication dans un processus d’adaptation de l’outil industriel à une agriculture paysanne. Pratique productive qui repose sur une connaissance fine d’un terroir et dont l’objet est autant la finalité productive que l’entretient de ces écosystèmes de culture.

Siège du pouvoir politique la cité se fait le relais de cette innitiative, notamment si elle est en capacité d’aculturer les apports de cette agriculture paysanne.

(1) La ville agricole, Rémi Janin, éditions Openfield, 2017

(2) No-stop city, Archizoom associaty, Hyx, 2006

(3) Plaidoyer pour une souveraineté technologique des paysans, Inpact, Latelierpaysan.org, 2017

Restituer les sols.

Il se trouve que dans de nombreux cas, la restitution et la remédiation des espaces urbains en déprise à des pratiques culturales est souhaitée ou souhaitable. Notamment dans ces villes qui connaissent le phénomène de décroissance urbaine.

Bien qu’elles ne soient pas les seules inscrites dans cette dynamique de restitution des espaces -et donc des sols. Elles ont pour elles de permettre d’imaginer le champs des possibles, puisque la faible pression exercée sur le foncier donne un temps de mise en oeuvre et d’expérimentation dans la durée.

Il m’est arrivé par ailleurs de travailler sur des projets de requalification d’espaces urbains en déprise, notamment industrielle. La question de la dépollution est toujours présente,

La réponse simple qu’on est en capacité de donner aujourd’hui c’est :  » soit on enlève et on traite, éventuellement on remet une autre terre à la place, ailleurs – soit on recouvre d’un couvercle étanche et on apporte de la terre de culture par camion. Ce n’est pas très satisfaisant : couteux, innappliquable sur de grandes échelles,…

Les tenants d’une agriculture urbaine disons techniciste préfèrent les toits à ce sol dangeureux sinon trop compliqué à utiliser. Si possible laissons la terre aux romantiques, l’hydroponie plus légère s’y trouve mieux adaptée.

La terre est cependant un matériaux formidable de sophisitication comme l’expliquent les travaux de Marc Dufumier et Yves Herody. Ils offrent une représentation d’un sol vivant et complexe, dont les dynamiques portée par une faune et une flore peu visible l’éloigne, et loin de cette idée d’un substrat plus ou moins drainant substituable à profit par des billes d’argiles ou de polystyrène .

La ville tranchée : modéliser des scénarios d’action dans la ville en décroissance.

Modèle d’urbanisation globale, No-Stop City est un projet théorique publié pour la première fois dans la revue Casabella en 1970. Andréa Branzi imagine un dispositif critique qui lui permet de mettre en oeuvre« l’idée de la disparition de l’architecture à l’intérieur de la métropole ». Prenant acte de la réalisation sinon formelle du moins symbolique de ce programme, je propose de retourner cette forme linéaire, comme une peau de serpent après la mue. J’imagine une tranchée dans le tissu homogène d’une ville infinie. J’imagine le retour à la terre de ces portions de villes tout en conservant leur urbanité.